Stéphane Dion ou la gangraine Trudeau
Je me dois de faire un important intermède européen pour discuter de politique canadienne. Samedi, les libéraux ont choisi comme nouveau chef l'inattendu Stéphane Dion. Comme quoi la politique est faite de surprises, comme quoi les libéraux n'ont toujours rien compris...
Certes, je me dois de féliciter les libéraux d'avoir choisi un intellectuel comme chef, ce qui selon moi devrait aller de soit en politique. Et ce sera certainement positif de voir les convictions environnementales revenir au premier plan. Il faut dire que malgré que l'élection des conservateurs soit positive pour le pays, au sens démocratique du terme (n'oubliez pas que les libéraux avaient régné 13 ans en ligne et en profitaient grassement), il est triste de voir que l'environnement n'existe pas pour ce fier Albertain, qui préfère les profits et la bonne tradition catholique. Donc, tout ça pour dire qu'un parti libéral, bien plus progressiste que le PCC, est socialement bon pour le Canada, tant qu'il n'a pas le monopole du pouvoir.
Mais évidemment, l'essentiel de mon propos ne porte pas sur ce point, pour la simple et bonne raison que ce qui est bon pour le Canada, n'est pas toujours bon pour le Québec. Qui est donc est Stéphane Dion? Il est un fidèle recruté par Jean Chrétien et père de la Loi sur la Clarté référendaire, loi qui dicte que la Chambre des Communes pourra décider, a posteriori, de la validité d'une question référendaire. Père est donc le bon mot pour une attitude aussi paternaliste.
Stéphane Dion l'innatendu a été élu par les délégués non québécois principalement, la plupart de ces derniers étant liés à Ignatieff, beaucoup plus ouvert aux revendications québécoises. De plus, Dion a obtenu l'appui inconditionnel de Gerard Kennedy, ontarien tout aussi attaché à la vision trudeauiste, centralisatrice et biculturelle canadienne. D'ailleurs, Justin Trudeau était supporter de M. Kennedy. Donc, un renouveau pour le parti? Certainement pas, l'héritage trudeauiste ayant toujours la main forte sur le parti libéral.
À quoi on joue? Au même jeu qu'avec Chrétien: le bon Québécois qui dirige le Canada uni. Un éventuel débat Dion-PQ reviendrait exactement à cette logique de non-compromis qui a entouré le référendum de 1995. C'est un choix risqué pour les libéraux, comme la dit Descôteaux dans Le Devoir. Effectivement, Stéphane Dion aura beaucoup de difficultés à se faire aimer au Québec, et à recevoir un fort appui, ce qui ne l'empêche théoriquement pas de devenir Premier Ministre.
Mais en fait, le véritable enjeu, c'est celui des prochaines élections. Est-ce que Dion aura la trempe d'un chef? Il a peu d'erreurs dans son parcours politique, mais il n'a jamais été vu comme un politicien non plus. Donc, la normalité tant voulu par nombres de libéraux et de péquistes, qui voudraient l'élection prochaine des libéraux à Ottawa et de Boisclair à Québec pourrait se voir retardée d'un côté comme de l'autre par les aléas de la politique... Quitte à ce que le prochain référendum n'oppose ni l'un ni l'autre de ces protagonistes...
Philippe C Morin
Correspondant à Grenoble
P.S. j'ai toujours eu une petite rancoeur pour l'attitude paternaliste, bien gentleman, (ce qui doit plaire au Canada anglais) de Dion, particulièrement depuis que je l'ai entendu à Christiane Charette opposé comme argument aux souverainistes qu'il a 30 millions de concitoyens, pas un de moins. Désolé mon Steph, mais je suis souverainiste et j'ai 6 milliards de concitoyens. Comme le dit Richard Desjardins, "J'ai autant d'amis, que mille Mexico"

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